Le barrage de Saint-Cassien compte parmi les 89 grands ouvrages français les plus sécurisés. : Photo Stéphane Doussot Après avoir jaugé la sécurité des tunnels en 2000, Christian Kert, député UMP des Bouches-du-Rhône, peaufine un rapport parlementaire sur la fiabilité des barrages. Cet audit qu'il veut sans concession sera rendu public fin juin.
Dans la région Paca, les grands ouvrages de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), de Saint-Cassien, de Sainte-Croix (Var) ou de Mesce (Alpes-Maritimes) reçoivent un satisfecit.
Alors, déjà qu'EDF, exploitant principal de ces grands ouvrages, procède à des inspections de contrôles mensuelles, la mission parlementaire de Christian Kert a tout repris de zéro. Sans rien laisser au hasard et en se déplaçant semaine après semaine sur les 400 barrages recensés en France, comme elle le fera dans le prochain jour dans la haute Roya sur le site de la Mesce, l'un des plus vieux barrages français (livré en 1917).
Aucun à détruire
Pour autant, si la menace d'un nouveau « Malpasset » est exclue, le bilan d'étape réalisé après la visite de plusieurs centaines de barrages en France par Christian Kert n'est pas totalement rassurant : « Nous n'aurons pas besoin de préconiser la destruction de certains barrages. Aucun ne menace actuellement les populations qui vivent en aval (voir en page suivante). Toutefois, il est des retenues d'eau dans le grand Sud-Est qui apparaissent suffisamment vétustes pour que les systèmes de surveillance y soient accrus et qu'une politique innovante de rénovation y soit menée. »
A écouter le diagnostic du barrage de Chambon, en Isère (lire par ailleurs), on se prend à trembler même si Christian Kert relativise. Depuis la révélation d'un rapport faisant état d'ouvrages « fissurés », voire « obsolètes et dangereux », EDF a réévalué le budget consacré à la rénovation, la sécurité et la surveillance de ses paquebots de béton.
Les 80 millions d'euros qui y étaient consacrés jusqu'en 2002 ont été multipliés par deux. « Le plan Super Hydrau prévoit l'injection de 560 millions d'euros sur cinq ans. »
Les petits ouvrages dans le collimateur
Mais si le principe de précaution est devenu une obsession chez EDF, Christian Kert craint qu'il n'en soit pas de même sur les barrages exploités par de petites sociétés privées : « Il est souvent difficile de savoir qui les gère réellement. Souvent mal entretenus, on en compte des centaines en France ».
Certes, il s'agit de petites retenues d'eau - de 7 à 12 m en moyenne -, mais le danger potentiel est loin d'être nul : « En 2006, la rupture d'une vanne sur le barrage de Tuilières (Dordogne) aurait pu être meurtrière si l'incident n'était pas survenu en pleine nuit : ce sont tout de même 5 millions de m3 d'eau boueuse qui ont été libérés brutalement. »
C'est à ces petits barrages que Christian Kert s'attaquera dans les semaines qui viennent : « Je viendrai dans le Var et les Bouches-du-Rhône inspecter ces ouvrages un à un. Et s'il s'avère qu'un d'entre eux fait courir des risques aux populations qui vivent en aval, je n'hésiterai pas un instant à réclamer leur mise hors service. » Bilan dans deux mois.
Et ceux qui connaissent Christian Kert savent qu'il ne fait jamais de promesses en l'air. Le député UMP n'avait ainsi pas hésité à donner un carton rouge au tunnel de Tende dans son étude sur la sécurité des tunnels routiers et ferroviaires du printemps 2000. Et nul ne pourrait s'en plaindre surtout dans une région où le traumatisme de la catastrophe de Malpasset est toujours présent.